Lilie Mélo

L’appétit du vivant

 

Lilie Mélo est illustratrice. Le mycélium fertile, ou blanc de champignon, est un réseau de filaments souterrain, les hyphes, producteurs des sporophores, les champignons. On trouve Lilie Mélo dans un fab-lab de Bron ou dans une communauté artistique de Lacoux (Ain, Haut Bugey, Communauté Titre à venir), et le blanc de champignon dans l’humus des forêts. Un beau jour, la dessinatrice se penche sur cette matière vive, et décide de l’exploiter (comme on exploite un champ) afin de fabriquer des objets organiques, biodégradables, naturels. Ce faisant, elle suit coûte que coûte ses convictions écologiques et ses préoccupations relatives à l’ère que l’on appelle anthropocène et à l’avenir de la planète.

Casserole en main, dans sa cuisine, elle se met, en s’inspirant de recettes trouvées sur le réseau, à préparer des plastiques organiques, avec du marc de café, des noyaux d’avocats, des colorants naturels,…C’est dans une puissante odeur de vinaigre que l’alchimiste du végétal donne naissance à des formes et des matières profondément fascinantes : parfois, on dirait une semelle de caoutchouc brûlée, ou une empreinte de pneu dans sa gangue de boue ; parfois, c’est une flaque granuleuse ; parfois encore, il s’agit de gélatines troublantes aux couleurs acidulées.

S’inscrivant sans le vouloir dans une histoire de l’informel appliqué à la sculpture, Lillie Mélo construit ensuite pierre à pierre son cabinet de curiosités, par le biais d’installations microscopiques qui mêlent coquilles d’œuf, pollens, lichens, squelette de fougère desséchée, bois flottés et autres champignon cultivés artificiellement aux matériau abstraits.

S’agit-il de l’art culinaire, de l’artisanat textile, de la biologie, de la sculpture ? L’haptique et le gustatif sont ici éminemment sollicités. L’esthétique orientée matière de ces productions touchantes par leur vulnérabilité (parce qu’elles sont molles, parce qu’elles sont fragiles, parce qu’elles sont nues) est résolument tournée vers l’imaginaire des sous-bois.

Cependant, et c’est ici que le commissariat d’exposition intervient, on pourrait montrer ces petits êtres sans défense aux côté de pièces sexuées de Louise Bourgeois, à proximité d’artiste contemporains émergents japonais, de pièces Pop voire de pièces Kitsch.

Parce qu’on se situe du côté du ventre, de la nudité, de l’organique, mais que certaines pièces évoquent la céramique ou la nature morte du siècle d’or hollandais, tout est à inventer pour faire découvrir au spectateur ou à la spectatrice ces aliens issus du creux de la terre. On se trouve au cœur d’une dystopie, ou d’une utopie c’est à voir, où des flaques de matière tombent du ciel comme dans un Petit Quinquin de Brunot Dumont.

On pourrait imaginer ces pièces beaucoup plus grandes, colonisant l’espace d’exposition pour rappeler que l’artiste citoyen, avant tout, est capable de copier la nature voire de la modifier pour mieux dénoncer l’impact de l’humain sur cette même nature. En somme, l’illustrative, selon une temporalité qui lui est propre, connaît actuellement sa mue et, faisant peau neuve au contact de technologies innovantes (découpe laser et autres), part vers des territoires inconnus pour proposer, avec humilité, une alternative viable à la production industrielle des déchets toxiques.